Le prix d’une prophétie

Quatrième dimanche du Temps ordinaire, Année C – 3 février 2019 Jérémie 1,4-5.17-19 1 Corinthiens 12,31-13,13 Luc 4,21-30 La lecture de l’Ancien Testament de ce dimanche tirée de Jérémie (1,4-5.17-19) et le passage de l’évangile de Luc (4,21-30) nous offrent une occasion de réfléchir sur les bienfaits, les contraintes et les risques des vrais prophètes de notre tradition judéo-chrétienne. Parmi les prophètes de la Bible, nous connaissons probablement Jérémie mieux que tous les autres. Fils du prêtre Hilkija, il est né en Anatoth, une dizaine de kilomètres au nord de Jérusalem et fut appelé très tôt à réaliser sa mission prophétique, peut-être en 626, sous le règne de Josias (Jr 22,16). Jérémie était si jeune qu’il pria le Seigneur de lui permettre de mener une vie normale et de lui épargner la tâche de « fouetter » le peuple d’Israël et la mission de prophétiser l’invasion des étrangers « du nord », qui déporteraient les Juifs et détruiraient le Temple de Salomon. Jérémie a vu le malheur de son peuple comme une conséquence inévitable de la culpabilité de tout un peuple qui ne se souvenait plus de son histoire. Les Hébreux, qui comptaient aveuglément sur l’Alliance garantie par le Seigneur et sur l’arche conservée dans le Temple, se croyaient ainsi protégés et se permirent tous les péchés, parce que de toutes manières, « le Seigneur était avec eux ! » Après être sorti du joug du Seigneur, Jérémie dit au peuple élu qu’il tomberait sous le joug des étrangers. Mais la tâche qui lui est assignée par Dieu n’est pas seulement destructrice: « Sache que je te donne aujourd’hui autorité sur les peuples et les royaumes, pour arracher et abattre, pour démolir et détruire, pour bâtir et planter » (1,10). Il s’agissait déjà de bâtir et de planter, mais il fallait d’abord déraciner cette plante afin que la croissance réelle puisse se produire. Jérémie préfigure le Christ   Jérémie a souvent été considéré comme une figure préfigurant le Christ. Non seulement parle-t-il au nom de Dieu et prédit-t-il l’avenir, sa vie et son ministère même ont des connotations prophétiques. Comme Jésus allait faire après lui, Jérémie prédit la destruction du Temple, a pleuré sur les futures ruines de Jérusalem, a condamné le comportement des prêtres, a été mal compris par ses compatriotes, humilié et condamné à mort. Pourtant, la condamnation du péché et les prophéties de malheur du prophète sont toujours liées à un message d’espoir et la perspective d’une renaissance, d’un retour de l’exil babylonien. Le Christ, lui aussi, afin d’affirmer sa victoire sur la mort, devrait d’abord endurer la croix sur le Calvaire. La vie même du prophète Jérémie se prépare à l’acceptation de l’amertume de la Croix et la gloire de la résurrection. Nous ne devrions pas être surpris ensuite, lorsque Jésus demanda à ses disciples ce que les gens disaient de lui, ils répondirent: « Certains disent que tu es Jean le Baptiste, d’autres le prophète Élie, d’autres Jérémie… » Jésus et la foule à Nazareth   Ce dimanche, le récit de l’évangile (Luc 4,21-30) est la suite continuation des grands débuts de Jésus à Nazareth que nous avons lus dimanche dernier. Dans la synagogue de Nazareth, Jésus expose sa mission universelle en répétant les paroles du prophète Isaïe (61,1-2). Dans cette scène en terrain connu, à Nazareth, le message de Jésus porte à confusion. Un murmure d’excitation traverse l’assemblée. « N’est-ce pas le fils de Joseph ? Ne connaissons-nous pas ce fils de Nazareth ? » Mais Jésus sait que ses concitoyens veulent le posséder pour eux-mêmes : « Nous avons appris tout ce qui s’est passé à Capharnaüm : fais donc de même ici dans ton pays ! » Mais il refuse de le faire. « Aucun prophète n’est bien reçu dans son pays. » Jésus résiste à l’attitude possessive manifestée par son peuple. Il refuse de placer ses dons extraordinaires au service de son propre peuple, plaçant les étrangers en premier. Les références à Élie et Élisée (v 25-26) servent plusieurs fins dans cet épisode : ils soulignent le portrait que fait Luc de Jésus comme un prophète à l’image d’Élie et Élisée : ils permettent d’expliquer pourquoi l’admiration initiale de la population se transforme en rejet, et ils fournissent la justification biblique pour la future mission chrétienne auprès des Gentils. L’ambiance dans la synagogue tourne au vinaigre. La foule devient terriblement jalouse de l’un des siens et tente de se débarrasser de lui (v 22-30). Jésus n’a pas réussi à se faire entendre ni comprendre et dut s’enfuir au plus vite – pour sa vie (v 30). Le rejet de Jésus dans sa ville natale laisse entrevoir son rejet encore plus important, cette fois par Israël (Actes 13:46). La raison de leur mécontentement          Les gens de Nazareth en voulaient à Jésus et ont refusé d’écouter ce qu’il avait à dire. Ils méprisaient sa prédication, parce qu’il était de la classe ouvrière, un charpentier, un simple laïc méprisé à cause de sa famille. Jésus ne pouvait pa

Source: Le prix d’une prophétie authentique | Fondation catholique Sel et Lumière média

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